Médiation par l'animal en Suisse : le récit de Maétis
Jul 17, 2026
Médiation par l'animal en Suisse : comment Maétis remet des enfants en mouvement
Il existe, dans les écoles du Valais, des enfants pour lesquels le cadre ordinaire ne suffit plus. On les dit trop agités, trop en colère, trop abîmés par une succession d'échecs. Depuis 2019, une association valaisanne leur ouvre une autre porte, celle d'un lieu où l'on apprend au milieu des chats, des lapins et des reptiles. La médiation par l'animal en Suisse demeure méconnue, et c'est pourtant elle qui, chez Maétis, remet chaque année une trentaine de jeunes en mouvement. Cette histoire est aussi celle de Sandrine et Xavier, deux personnes qui ont refusé d'attendre qu'on vienne les chercher pour se lancer.
Un constat que personne n'a envie de regarder en face
Un adolescent qui n'apprend plus rien en classe, un enseignant épuisé, une famille désemparée. La situation n'a rien d'exceptionnel, elle constitue même l'un des angles morts de l'école. Pour ces jeunes, insister davantage ne mène nulle part. Il faut souvent, au contraire, changer complètement de décor.
Le premier enfant accueilli par Maétis est arrivé un peu par hasard. Le directeur des écoles de la région ne savait plus quoi faire d'un élève que sa classe ne parvenait plus à contenir, et il a proposé de tenter l'expérience du centre. Ce jeune qui se fermait à l'école s'est remis à apprendre auprès des animaux, avant de rapporter peu à peu ces acquis en classe. La tension est retombée, l'enseignant a pu souffler, la famille a repris espoir. Le directeur, lui, a résumé les choses avec prudence : il se passait quelque chose, sans qu'on sache encore quoi, mais quelque chose de bon.
D'une souris cachée à un master en enseignement spécialisé
Sandrine enseigne depuis toujours auprès d'enfants aux besoins particuliers. Longtemps, elle a gardé des animaux dans ses classes, jusqu'à ce que les questions d'hygiène et d'allergies l'obligent à y renoncer. Plutôt que d'abandonner l'idée, elle s'est formée à la médiation par l'animal, puis à chaque espèce séparément, avec le souci constant de professionnaliser sa pratique.
Xavier vient d'un tout autre monde. Formé au commerce, il s'est réorienté vers l'éducation et la gestion d'institutions sociales. Le jour où Sandrine lui a confié son envie d'ouvrir un centre, il l'a suivie. Rien, dans cette aventure, ne ressemble à un plan d'affaires : tout est né d'une conviction, nourrie par leur propre histoire de famille et par leurs enfants. Ce point de départ n'a rien d'anecdotique, il éclaire tout ce qui a suivi.
Ce que fait vraiment la médiation par l'animal, au-delà du câlin au lapin
La médiation par l'animal ne se résume pas à caresser un lapin en attendant que le calme revienne. Le travail est autrement plus subtil. Un cerveau soumis au stress n'apprend plus, or la plupart des jeunes accueillis vivent précisément dans cet état d'alerte permanent, entretenu par les échecs accumulés. Le contact avec l'animal fait baisser le cortisol et augmente l'ocytocine, l'hormone de l'attachement, si bien que l'enfant s'apaise et retrouve, avec ce calme, sa capacité d'apprendre.
Chez Maétis, les chats participent à l'enseignement. Ils servent de prétexte pour aborder les mathématiques, le français ou les sciences, et un enfant qui peine à fixer son attention apprend d'abord à se poser auprès d'eux, avant de retrouver plus aisément une classe pleine d'humains qui bougent et qui parlent. Chaque espèce dispose de sa pièce, de ses règles et de ses limites, car on ne réunit pas les proies et les prédateurs, et un pogona ne se manipule pas plus de dix minutes d'affilée.
Un mot, dans la bouche de Sandrine et de Xavier, est soigneusement évité : celui de progression. Ils préfèrent parler de modularité. Un jeune avance, puis éprouve le besoin de revenir en arrière, seul, au contact de la nature, aussi longtemps qu'il le faut. Rien ne suit une ligne droite, et c'est cette souplesse qui permet à des parcours très cabossés de tenir dans la durée.
Passer de deux à cinquante-cinq sans exploser en vol
C'est ici que leur histoire parle à n'importe quel indépendant. En quelques années, Maétis est passée de deux fondateurs bénévoles à près de cinquante-cinq collaborateurs, soit vingt-trois postes à plein temps, entre enseignants, éducateurs, thérapeutes, soigneur animalier et personnel administratif. Une croissance qui fait envie de loin, mais qui, faute de cadre, précipite parfois la chute d'un projet en quelques mois.
Pendant longtemps, Sandrine et Xavier ont avancé à l'instinct, multipliant les prestations sans même les nommer, bâtissant à mesure que les besoins surgissaient. Leur véritable tournant ne doit rien à une idée supplémentaire, mais à une décision inverse : cesser d'être partout pour ne plus finir nulle part. Ils ont resserré leurs offres, formalisé les procédures propres à chaque animal comme à l'arrivée de chaque collaborateur, clarifié une organisation financière qui mêle subventions valaisannes et genevoises à des mandats privés. Ils ont surtout construit une structure capable de fonctionner sans eux. Ce chantier de fond, mené dans le cadre d'Objectif Structuration, a transformé une belle intuition en institution solide, crédible aux yeux des cantons qui la financent.
Et maintenant, un café
La suite est déjà en chantier, sous la forme d'un café où les jeunes s'exerceront à la vie professionnelle, entourés d'animaux, après avoir validé un parcours complet avant de servir leurs premiers clients. L'ambition est claire et un peu vertigineuse : qu'un enfant entré chez Maétis pour une heure de présence hebdomadaire en ressorte capable d'occuper un emploi. Pour des jeunes que le réseau tenait parfois pour perdus, cela change absolument tout.
La leçon de Sandrine et Xavier
Interrogés sur le conseil qu'ils donneraient à celles et ceux qui hésitent encore, Sandrine et Xavier répondent d'une même voix : n'attendez pas qu'on vienne vous chercher, ni que les moyens tombent du ciel. Ils sont partis d'un besoin de terrain, ont essuyé quelques refus parce que leur approche dérangeait, et ont laissé les résultats parler pour eux. On tient là une autre image de l'entrepreneuriat en Suisse romande, à mille lieues des clichés qui collent aux indépendants.
Leur parcours, on le raconte en entier dans la vidéo ci-dessus et dans le podcast Coach Ton Budget & Business, élu meilleur podcast business suisse en 2025. Et si, de ton côté, tu construis quelque chose qui grandit plus vite que sa structure, c'est exactement le travail que nous menons dans Coach Ton Business.
Questions fréquentes
Qu'appelle-t-on médiation par l'animal ?
Il s'agit d'un accompagnement encadré dans lequel la relation à un animal sert de levier thérapeutique et pédagogique. L'animal apaise, crée du lien et offre un support concret pour réapprendre, se concentrer ou apprivoiser ses émotions. On se situe loin de la simple visite au zoo comme du remède miracle, puisqu'il s'agit d'un travail exigeant, conduit par des professionnels formés.
À qui s'adresse une structure comme Maétis ?
Avant tout à des enfants et des adolescents en grande difficulté scolaire, que le cadre ordinaire ne parvient plus à accueillir. Chez Maétis, ils viennent des écoles du Valais central ainsi que du canton de Genève, le plus souvent adressés par leur direction d'école ou par leur réseau d'accompagnement.
La médiation par l'animal est-elle reconnue et financée en Suisse ?
Le domaine se développe et se professionnalise d'année en année. Maétis vit en partie de subventions cantonales, complétées par des mandats privés, sous la surveillance des cantons qui la financent. Comme les modalités diffèrent d'un canton à l'autre, mieux vaut se renseigner localement.
Comment structure-t-on un projet associatif de cette ampleur ?
En procédant par étapes : préciser ses prestations, formaliser ses procédures, clarifier son financement et instaurer une gouvernance qui ne repose plus seulement sur les fondateurs. C'est précisément le chantier que Maétis a mené dans le cadre d'un accompagnement à la structuration.