Holding en Suisse : à quoi ça sert et combien ça coûte
Aug 21, 2026
Holding en Suisse : à quoi elle sert vraiment quand on est indépendant
Une holding en Suisse n'est pas une forme juridique mais un statut fiscal, accordé à une société dont l'unique rôle consiste à détenir des participations dans d'autres sociétés. Vous ne cochez donc pas la case « holding » chez le notaire : vous créez une SA ou une Sàrl classique, et c'est son activité réelle qui détermine ensuite son traitement fiscal. La distinction paraît technique, elle explique pourtant l'essentiel des erreurs commises par les indépendants qui montent ce type de structure sans accompagnement, souvent faute d'éducation financière sur le sujet.
Ce que vous lisez ici vient d'un montage réel, le mien, réalisé entre janvier et juillet 2026 avec l'accompagnement d'Inved SA pour la partie immobilière et de Me Justin Brodard pour la partie fiscale. L'ensemble est documenté en vidéo dans la série que je consacre à cet investissement. Ce n'est ni un conseil fiscal, ni un conseil juridique, et votre situation appellera d'autres réponses que la mienne.
À quoi sert une holding, concrètement ?
Imaginez un portefeuille qui contient vos sociétés. La holding ne produit rien, ne vend rien, n'emploie idéalement personne. Elle détient. En dessous d'elle, vos entités opérationnelles travaillent chacune dans leur domaine : une société commerciale qui facture des prestations, une société immobilière qui achète et loue, éventuellement d'autres par la suite.
L'intérêt tient à la circulation de l'argent entre ces étages. Une société opérationnelle paie l'impôt sur son bénéfice, puis le solde peut remonter à la holding sans nouvelle imposition. Contrairement à ce qui se pratique en France, la Suisse ne taxe pas cette remontée. La holding peut alors prêter cet argent à une autre filiale, financer une acquisition, ou le laisser dormir en vue d'un projet ultérieur.
Le gain devient tangible dès qu'on veut investir. Cent mille francs déjà imposés au niveau de la société commerciale arrivent intacts dans la holding, puis intacts dans la société immobilière. Ces mêmes cent mille francs versés en dividende sur votre compte privé auraient d'abord subi l'impôt sur le revenu, si bien que vous investiriez avec nettement moins. C'est très exactement le raisonnement qui m'a conduite à acheter mon premier bien via ma société plutôt qu'à titre privé.
Combien coûte la création d'une holding en Suisse ?
Le premier devis que j'ai reçu, chez une notaire, s'élevait à environ six mille francs pour l'ensemble du montage. Ce montant m'a bloquée pendant un mois et demi, puisque la structure ne devait rien rapporter la première année.
En passant par une plateforme de création d'entreprise, du type NewCo ou startup.ch, la facture est descendue autour de deux mille quatre cents francs pour trois entités, en additionnant les émoluments du registre du commerce et les frais par société. S'ajoutent quelques centaines de francs de frais bancaires au moment de libérer le capital, ainsi que le capital lui-même : vingt mille francs pour une Sàrl, cent mille pour une SA dont cinquante mille doivent être libérés à la création.
Le vrai coût n'est toutefois pas celui de la création. Il tient aux frais récurrents : bouclement, fiduciaire, déclarations fiscales, et ce pour chaque entité de l'ensemble. Une holding avec deux filiales, ce sont trois comptabilités à tenir chaque année. C'est précisément ce qui rend la structure absurde pour un projet ponctuel.
Quand une holding ne vaut pas le coup
Si votre intention se résume à acheter un bien immobilier puis à en rester là, la réponse est simple : ce n'est pas pour vous. Les frais annuels cumulés dépasseront largement l'économie fiscale réalisée sur une opération unique, et l'acquisition en nom propre mérite alors d'être étudiée sérieusement avec un fiscaliste.
La holding se justifie dans une logique de développement continu, où l'argent qui remonte sert à financer l'opération suivante, puis celle d'après. Un deuxième bien, le rachat d'une société existante, une prise de participation. C'est une structure qui vous oblige à la rentabiliser, ce qui constitue d'ailleurs un excellent test de motivation : si le projet vous semble trop lourd sur le papier, il le sera aussi dans les faits. Beaucoup d'indépendants romands gagneraient à d'abord solidifier leur activité principale avant d'empiler les entités, comme le montrent les tendances observées chez les indépendants en 2026.
Avant même la question de la structure se pose celle du cash disponible : ce qui dort dans votre société, comment le mobiliser, et à quel prix fiscal. J'ai traité ce préalable dans un article dédié aux options pour sortir l'argent de sa Sàrl, qui reste le point de départ logique de toute réflexion patrimoniale.
Pourquoi une holding ne doit jamais détenir un immeuble en direct
Le statut fiscal de holding repose sur une condition : la société ne doit détenir que des participations. Tant que c'est le cas, son imposition tend vers zéro, sans toujours l'atteindre tout à fait puisqu'il s'agit d'une réduction proportionnelle du bénéfice imposable.
Loger un immeuble directement dans la holding introduit des revenus locatifs, éventuellement des produits de vente, qui viennent brouiller ce statut. Me Justin Brodard, avocat au barreau et expert fiscal diplômé, chargé d'enseignement en fiscalité immobilière à l'USPI, résume la logique en une phrase : une holding doit rester propre. La règle pratique consiste donc à créer une société immobilière distincte, détenue par la holding, dédiée à l'acquisition et à la location. Si vous faites de la promotion en plus du rendement locatif, la logique voudra même deux sociétés séparées, puisque les profils de risque n'ont rien à voir.
Le même raisonnement s'applique aux charges. Une holding ne devrait pas porter de frais déductibles, dans la mesure où elle n'est de toute façon pas imposée sur les dividendes reçus. La grever de dépenses n'apporte rien et fragilise son statut.
Salaire ou dividende : où le fisc met la limite
Question posée systématiquement dès qu'on parle de holding. Le principe suisse tient en une phrase : vous ne pouvez pas vous rémunérer uniquement en dividendes.
Un dirigeant qui travaille dans sa société doit prélever un salaire conforme à ce qui se pratique dans sa branche, ce qu'on appelle le salaire de marché. Au-delà de ce montant, le surplus peut être distribué en dividende. Le fisc protège ainsi deux choses : l'impôt sur le revenu, et les cotisations AVS qui ne seraient jamais prélevées sur des dividendes purs. Le seuil se détermine au cas par cas, en fonction de ce qui est usuel dans votre secteur, et mérite d'être discuté avec un professionnel plutôt qu'estimé au doigt mouillé.
Un salaire volontairement bas, décidé lors des premières années d'activité, devient donc un risque dès que la structure se sophistique. C'est un point à réévaluer chaque année avec votre fiduciaire, plutôt qu'à laisser courir.
Comment récupérer l'argent de la holding ?
Par un dividende, qui sera imposé cette fois. Sur cent francs distribués, trente-cinq partent immédiatement à Berne au titre de l'impôt anticipé, montant récupérable au moment de votre déclaration fiscale. Le taux effectif maximum se situe autour de vingt-huit pour cent, si bien que l'État vous restitue le solde.
La vigilance s'impose en cas d'expatriation. Si le pays d'accueil n'a pas signé de convention de double imposition avec la Suisse, ces trente-cinq pour cent deviennent une charge définitive et non récupérable. Monaco en est l'exemple classique. Un déménagement se planifie donc en amont, pas au moment de faire les cartons.
Les trois pièges à connaître avant de monter la structure
Le premier concerne les prêts entre filiales. Une société qui prête directement à sa société sœur, notamment pour renflouer une entité en difficulté, crée une forme de risque systémique dans l'ensemble. Le passage par la holding doit rester la règle.
Le deuxième porte sur la justification commerciale des charges. Toute dépense logée dans une société doit répondre à une question simple : qu'est-ce qu'elle rapporte en contrepartie ? Une voiture de fonction et un ordinateur dans une société immobilière qui compte deux locataires se défendent mal. Le même équipement dans une société commerciale qui produit et facture se comprend immédiatement. La proportion fait tout, et le critère reste situationnel.
Le troisième relève de la succession. Une structure de ce type doit prévoir qui reprend la main si vous disparaissez. En l'absence de mariage, l'entreprise remonte par défaut aux parents, puis aux frères et sœurs, ce qui n'est presque jamais souhaitable. Un testament, modifiable en tout temps, permet de désigner une personne et de prévoir qu'elle soit assistée d'un avocat, d'un notaire ou d'une fiduciaire. Cette anticipation vaut d'autant plus pour les entrepreneuses qui construisent seules leur patrimoine.
Qui consulter pour monter une holding en Suisse ?
Deux compétences distinctes, qu'on confond souvent. La fiscalité et le droit du patrimoine relèvent d'un avocat fiscaliste, à qui l'on soumet le montage avant de créer quoi que ce soit. Dans mon cas, ce rendez-vous s'est tenu avec Me Justin Brodard, associé fondateur de Brodard Avocats Fiscalité Patrimoine SA à Lausanne et Bulle, et il a permis de valider la quasi-fusion, de cadrer le salaire de marché et d'anticiper la fiscalité de sortie.
La partie immobilière relève d'un tout autre métier : analyse des biens, calculs d'autoportance, sourcing d'opportunités, préparation du dossier bancaire. Je suis accompagnée par Inved SA, société de conseil en investissement immobilier fondée par Edouard Clerc, présente à Vevey et à Sion. La fiduciaire, enfin, tient les comptabilités et prend le relais une fois la structure en place. Trois interlocuteurs, trois rôles, et beaucoup de temps gagné à ne pas leur poser les questions des autres.
FAQ
Qu'est-ce qu'une holding en Suisse ?
Une société dont l'activité se limite à détenir des participations dans d'autres sociétés. Il ne s'agit pas d'une forme juridique en soi : on crée une SA ou une Sàrl ordinaire, et c'est l'activité réelle qui lui confère le statut fiscal de holding, lequel réduit son imposition à un niveau proche de zéro.
Une holding permet-elle de payer moins d'impôts ?
Elle permet surtout de différer l'imposition personnelle. Les bénéfices restent imposés au niveau des sociétés opérationnelles, puis remontent à la holding sans imposition supplémentaire, ce qui laisse davantage de capital disponible pour réinvestir. L'impôt sur le revenu ne se déclenche qu'au moment où vous vous versez un dividende.
Peut-on mettre un bien immobilier dans une holding ?
Ce n'est pas recommandé. Les revenus locatifs perturbent le statut fiscal de la holding, dont le rôle doit se limiter à la détention de participations. La pratique consiste à créer une société immobilière distincte, détenue par la holding.
Faut-il un avocat fiscaliste ou une fiduciaire pour créer une holding ?
Les deux, à des moments différents. L'avocat fiscaliste valide le montage en amont, notamment le mode de rattachement des sociétés existantes et les conséquences fiscales de chaque option. La fiduciaire prend ensuite le relais pour la tenue des comptabilités et les déclarations annuelles de chaque entité.
Par où commencer
Avant toute question de structure, il y a une question de chiffres : votre entreprise dégage-t-elle un bénéfice suffisant, prévisible et pilotable pour justifier ce montage ? Sans visibilité sur vos douze prochains mois, la holding restera un coût sans contrepartie.
C'est le travail que nous menons dans Objectif Structuration, avec des indépendants et des petites structures de Suisse romande qui veulent sortir de l'opérationnel et reprendre la main sur leur pilotage financier. Réservez un appel pour voir où vous en êtes. Le parcours complet de mon propre montage est raconté épisode par épisode dans le podcast Coach Ton Budget & Business.
Les éléments fiscaux et juridiques présentés dans cet article sont issus d'un cas particulier, discuté avec un fiscaliste en 2026. Ils ne constituent ni un conseil fiscal, ni un conseil juridique, et ne remplacent pas l'avis d'un professionnel consulté pour votre situation. Aucun lien d'affiliation ne me lie à Inved SA ni à Brodard Avocats Fiscalité Patrimoine SA.